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http://20six.fr/cet-amour-la

Hébergé par 20six.fr



demenagement

Oui, je demenage. J'ai voulu rester solidaire de 20six et de ceux qui de l'autre cote, dans l'invisible du net, travaillent pour nous. Mais les tracas lies au post de notes, a la mise en page, aux images, aux liens... ont eu raison de ma bonne volonte. Et je m'en vais la :

http://cet-amour-la.blogspot.com/

 

.

 

1.6.06 13:37


un signe

Lundi 22 mai. Je voulais que tu me fasses un signe ma Debbie. Je le voulais tellement. C'etait ton anniversaire. Nous avions tous le coeur serre, les larmes au bord des yeux. L'apres-midi ils avaient regarde une video du temps heureux ou tu etais encore vivante. Oh ta voix...!

Dans ce film, a un moment tu tiens la camera et tu nous montres a voir ton monde a travers ton regard. Ce jour-la un double arc-en-ciel enjambe la campagne devant chez vous. Tu le filmes. On entend nos voix enthousiates ! Je me souviens, j'etais la. C'etait il y a 2 ou 3 ans.

Lundi 22 mai. Nous sommes reunis dans le Great Hall en ton honneur. Tous autour de la table pour te celebrer. Aurore vient de souffler les bougies des ta 42eme annee. Dewey leve les yeux et a travers la fenetre il voit un arc-en-ciel. Je sors pour voir. Et la, sous mes yeux ebahis et incredules je vois se former le deuxieme, a gauche, tout clair... Nous sommes tres emus...

Merci.

double-rainbow-for-Debbie.jpg

.

24.5.06 08:32


 

23h45.

Dans quelques minutes ce sera demain.

Le 22 mai 2006.

C'est ton anniversaire.

Debbie.

 

21.5.06 23:48


Oh mon dieu, ce silence....

Ou es-tu ? Ou es-tu mon amie ? A part dans mes reves la nuit ? Car je reve de toi chaque nuit depuis quelques jours... Ou es-tu ? Comment vivre avec ce mystere ? Comment vivre avec ce rien qui reste, avec seulement la foi et l'espoir pour tout soutien ? Comment ne pas vaciller parfois ? Dans 4 jours nous feterons ton anniversaire, sans toi. Nous celebrerons ce jour ou tu es venue la vie. Et plus ce jour approche plus je m'agite, malgre moi. Alors ce matin je t'ecris pour tenter de m'apaiser un peu. Je suis fatiguee, un peu malade aussi depuis des semaines. J'ai besoin de repos. Mais ton souvenir agite, bouscule mes nuits. Je te parle, mais tu ne reponds pas, et j'essaie d'accepter ce silence.

Debbie t'es ou ???

T'es ou ?!

Oh mon dieu, ce silence...!

 

19.5.06 07:38


merci Otir

Et que dire de ce mot : comme ?

« Tu aimeras ton prochain ‘comme’ toi-meme » est-il ecrit ?

Comme moi-meme ?

Comme s’il etait moi ?

Comme je m’aime moi ?

 

Comment est-ce que je m’aime ?

Pas tres bien je crois, non, vraiment, pas tres bien…

Je mange n’importe quoi, je fume, je ne fais pas de sport, et les choix que je fais ne sont pas toujours les plus judicieux. Et tellement souvent je voudrais etre autre…

Non, vraiment, je crois que je ne m’aime pas bien.

Pourtant, si TOUT etait possible, quels seraient mes reves pour moi-meme ? Quels seraient mes desirs ?

Car, quels que soient les mauvais traitements que je m’inflige, je ne peux m’empecher de rever, ni de desirer…  

Oui, si j’avais vraiment le choix, que voudrais-je ?

Je voudrais avoir, au minimum, un vie decente materiellement. Oui, au minimum… Pouvoir porter de jolies choses, partir en vacances, gater ceux que j’aime…

Je voudrais aussi etre en bonne sante, et pouvoir me soigner si je ne le suis pas.

Mais surtout, oui surtout, je voudrais ne pas etre seule, etre accompagnee dans les moments difficiles, etre rassuree quand j’ai peur, etre consolee quand j’ai du chagrin, etre soutenue, etre entendue, etre acceptee pour ce que je suis.

Ainsi me sentir aimee.

Alors si tout cela je le veux pour moi, combien mon prochain – cet autre qui est si proche de moi – combien le veut-il lui meme ?

C’est cela aimer son prochain comme soi-meme.

C’est ne pas lui faire subir ce qu’on ne voudrait pas subir soi-meme.

C’est lui donner ce qu’on aimerait recevoir.

*

C'est une note lue chez Otir qui m'a permis de preciser ainsi ma pensee, le sens de ma vie, celui de mes choix.

http://blog.tiboo.com/otir

16.5.06 21:54


marguerites et magnolias...

marguerite.jpg Pour Cile.

Rendez-vous d'avril...

C'est en pensant a toi Cile, que j'ai fait cette photo.

Oui, nous sommes relies, au-bien dela de ce qu'on croit.

 

22.4.06 12:02


donner

Ils sont donc rentres, l'homme devaste et la petite fille meurtrie. Ils sont ma famille, mes amours. Je veux pour eux le doux et le tendre, la paix et la joie. Impossible pourtant. Ils sont dans une dimension ou la vie blesse et je ne peux les atteindre. Rien a faire, il n'y a rien a faire. Etre, simplement. Etre presente, etre fidele, etre sans jugement. Etre la.

Chaque week-end je suis la. Je nettoie la maison, m'occupe des lessives, arrange des bouquets. Je prends parfois leur main dans la mienne, puis je retourne a ma tache. Il est seul avec sa petite fille, tout le temps. La famille est de l'autre cote de l'Atlantique, les amis eparpilles sur les 5 continents. Il est seul avec sa culpabilite, avec la certidude de sa nullite, avec sa peur. Et son petit elfe blond le regarde et tente de le sauver, du haut de ses septs ans. Une tragedie. Moi je refuse d'y rester indifferente.

souffler-le-pissenlit.jpg

Lorsque Debbie est morte, les langues peu a peu se sont deliees. Et j'ai realise que la pluspart de mes amis ne comprenaient pas mon implication, a ce point, dans la vie de ses trois-la. Que non seulement ils ne la comprenaient pas mais qu'en plus ils reprouvaient, c'est pas normal de donner autant. Leur reaction depuis me taraude. C'est comme si je devais me justifier.

Faut-il absolument une raison pour donner ? Et d'abord, que signifie donner ? Quels est le sens du don ? Khalil Gibran, du don dit ceci "Vous ne donnez que peu lorsque vous donnez de vos biens. C'est lorsque vous donnez de vous-meme que vous donnez reellement." Ceux qui ne comprennent pas ce que j'ai fait, donnent-ils ? Et que donnent-ils ?

Oui j'ai donne, beaucoup donne de moi. Mais j'ai tellement recu aussi ! Cet echange est le plus precieux qui soit. J'ai recu de Debbie l'amour sans condition. C'est comme ca qu'elle entrait en relation avec les autres. Je ne sais pas si tous ont mesure la rarete et le prix d'un tel don. Beaucoup, vraiment beaucoup ont ete touches par cette femme hors du commun, si belle et si humble. Mais combien ont rellement pris la mesure de ce qu'elle offrait a chacun ? Combien ont reellement recu ce present et accepte de se donner de meme en retour ?

Khalil Gibran, toujours lui, dit "Lorsque vous vous separez de votre ami, ne vous affligez pas ; car ce que vous aimez le plus en lui peut etre clair en son absence, de meme que pour l'ascensionniste la montagne est plus nette vue de la plaine". Le temps qui passe m'eloigne de Debbie, de sa presence charnelle. Elle est restee dans son lit, in the great hall, et comme dans un travelling arriere, je m'eloigne au ralenti. D'abord son visage, je ne voyais que ca, sa peau si fine, ses pommettes saillantes, les cenes bleus sous ses yeux, ses levres pales et pincees. Puis ses mains, l'une enflee posee sur l'autre, toutes deux reposant sur la dentelle blanche de sa chemise. Puis son corps, etendu sous le drap blanc, longue silhouette immobile qui deja n'etait plus elle. Puis ce coin de la piece ou elle reposait, le drape blanc de la moustiquaire, les reflets metaliques sur les barrieres du lit, cette impression de froid dans la piece petrifiee. Puis ce great hall, soudain vide de son lit, de la tablette haute, de la potence et de la perfusion, de la machine a oxygene, de la chaise percee, du fauteuil roulant, des piles de boites de compresses, d'aiguilles, de medicaments... Cette piece soudain immense ou la poussiere dansait dans la lumiere, et ou tombaient un a un les petales des bouquets des funerailles. Presque 5 mois plus tard, je regarde la scene, je n'ai presque plus mal. Je contemple Debbie d'ici. Elle habite mon au-dela. Je suis l'ascensionniste dans la plaine, elle est la montagne. Ce que j'aime en elle s'est fait de plus en plus clair en son absence.

Je me souviens, c'etait il y a 12 ans, on se connaissait depuis peu, ils venaient de s'installer ici. Elle belle, a couper le souflle, et lui, un artiste de talent, un peu distant, tres decales tous les deux. Ils avaient achete cette tres vieille maison, une quasi ruine au bout d'un chemin chaoteux, qu'ils revaient de transformer en un chateau de conte de fee. Autour d'eux, des paysans, des gens simples qui a l'evidence n'evoluaient pas dans le meme monde. Je me souviens, Rose est venue leur rendre visite. Rose est une des voisines. Tout separe Rose et Debbie, absolument tout, selon moi : le physique, l'instruction, le gout, le milieu, tout je vous dit ! Mais c'est moi qui avais tort, c'est moi qui etais aveugle, aveuglee par mes prejuges ! Debbie a ouvert sa porte, son coeur a Rose, comme a tous, sans distinction aucune. Et Rose, la timide Rose, est venue, et revenue. Et mes prejuges sont tombes, un a un, lentement. C'est moi qui, 12 ans plus tard, suis allee annoncer a Rose et aux siens la mort de Debbie. Rose a quitte sa cuisine et s'est cachee derriere le mur du salon, dans le noir, pour pleurer.

Voila le cadeau que Debbie m'a fait : elle m'a ouvert le coeur. Elle m'a montre le chemin. Et les mots generosite et humilite ont pris pour moi un autre sens.

Oui c'est vrai que lorsqu'il y a 5 ans elle est rentree en France, tres malade, inquiete, depassee, ma vie etait vide. J'etais seule et en souffrance. Rien n'avait de sens. J'avais terriblement besoin de reconnaissance et les portraits pleins d'eloges que Debbie faisait de moi me flattaient. Oui c'est vrai que c'est d'abord par interet que j'ai donne, pour recevoir et pour exister. Mais l'interet seul ne justifie pas ces cinq annees. L'interet seul jamais ne m'aurait permis de tenir si longtemps face a une telle detresse, ni d'aller si loin, ni de donner autant de moi-meme. Le don interesse ne s'inscrit pas dans une telle duree, ni ne permet d'encaisser de telles souffrances. Car assez vite donner est devenu douloureux, ce n'etait jamais assez, leur besoin etait un puits sans fond. J'ai eprouve le ras-le bol, l'impuissance, la fatigue, la colere, la culpabilite... 

J'ai appris a devenir humble. J'ai appris a donner sans rien attendre en retour. J'ai appris a recevoir avec gratitude. J'ai appris a voir le tresor que chacun recele. J'ai appris a m'absetnir de juger. J'ai appris a aimer sans condition. Tout cela c'est a Debbie que je le dois. Alors, quand aujourd'hui je lis la perplexite sur le visage de ceux qui m'entourent et ne comprennent pas pourquoi j'ai tant donne, je suis triste. Triste pour eux qu'ils n'aient pas compris ou se trouve l'essentiel. Triste d'avoir a me justifier. Comme si la bonte, l'amour, le desinteret, la bienveillance, la compassion etaient choses suspectes. Oui j'ai souffert pendant ces 5 annes. Oui elles ont ete dures ces annees, car en depit de notre bonne volonte, nous restons des humains, pauvres et faillibles, pleins de defauts, capables de blesser ceux-la meme que nous cherissons. Et Debbie m'a blessee. Et j'ai blessee Debbie. Mais rien, je ne regrette rien. Pas une seule des annees donnees, ni meme un jour, ni une minute. Et cela serait-il a refaire, je le referais, entierement. Un jour j'ai demande a Debbie de ne plus me presenter en disant "C'est mon amie, c'est elle mon ange", je ne voulais plus etre reconnue et admiree. Mais elle ne pouvait pas, elle avait une conscience trop aigue de ce que je donnais. Si au debut elle avait pu dire cela parce qu'elle sentait que j'en avais besoin, plus tard elle le disait parce qu'elle le pensait, parce qu'elle avait besoin de dire sa gratitude. Si au debut lorsqu'elle disait cela, je prenais un air modeste, plus tard lorsqu'elle le disait je repondais invariablement "C'est parce que j'aime Debbie, c'est Elle mon ange", et c'etait la verite toute simple et belle. J'eprouve tellement de gratitude d'avoir pu vivre ces annees-la. Et j'en accepte les limites et les blessures.

Aujourd'hui Debbie n'est plus la. Elle laisse derriere elle un mari devaste et une petite fille meurtrie. Par amour pour elle, par amour pour eux qui sont devenus ma famille, je vais continuer de donner de moi. Par amour et avec joie. "Il en est qui donnent avec joie, et cette joie est leur recompense" dit encore Khalil Gibran. La joie de donner est ma recompense. Je n'en veux pas d'autre.  

 

22.4.06 09:46


entre sourires et soupirs

Paques cette annee.

Paques dans la douceur, vigne-des-meurs.jpg    

Paques dans la tendresse. cougee-dans-l-herbe-2.jpg 

Paques cette annee. Avec eux. Sans toi.

Sans toi. Tu etais avec nous, a chaque minute. A chaque minute, aussi, tu n'etais pas la.

20.4.06 00:00


Devant toi Seigneur je depose ma priere.

lever-du-jour-Les-Meurs.jpg

Le jour se leve et moi je tombe a genoux devant tant de beaute, tant de perfection. Le souffle coupe, le coeur battant, la joie m'envahit. Je te dis merci mon Dieu pour tout ce qui m'est offert. Mes mots sont impuissants a dire ma gratitude. Ce paysage enchanteur qui a surgi ce matin derriere la porte m'a emplie de douceur. Merci.

14.4.06 13:51


la lecon de vie

A l'endroit de la photo, je caresse l'ecran du revers de la main. C'est doux. Tu me manques ma cherie.

Dewey est Aurore sont rentres dimanche apres midi. C'est drole, je savais que tu n'etais pas chez vous, mais c'etait comme si tu etais simplement partie en voyage, seule evidemment - comme si tu etais deja partie sans eux !!! Toujours est-il que j'ai eu, tres brievement l'idee de t'appeler pour te dire qu'ils sont arrives, que tout va bien. Oh Debbie, ma Debbie, mon amie, ma douce, ma precieuse, tu me manques, tu me manques, tu me manques...

Ma pensee est trop vive elle m'echappe. Je pense, avant meme de realiser que je pense ! Et quand je realise ce que j'ai pense, je m'etonne, je me sens depossedee de ma raison. Il y a des pensees etranges, deraisonables qui m'habitent. Toi tu sais a quel point j'ai besoin de 'raisonner', de comprendre le monde avec ma tete ! Tu me disais toujours "let go, laches !" et je sais que tu as raison. Pourquoi toujours chercher a comprendre, a analyser, a controler ?

Si je tente d'apprehender ce qui se passe, sans ma tete, voila ce que ca donne : Tu es morte mais tu es vivante. C'est pour ca que j'ai toujours envie de partager la vie et ses peripeties avec toi.

Depuis deux jours je sens ta main dans ma main gauche. Elle se souvient avec une tres grande precision de la tienne. Elle se souvient que la tienne est plus longue. Elle est chaude, seche, douce. Elle semble un peu fragile parce qu'elle est si fine. Nos mains se tiennent, se soutiennent, posees sur le drap blanc. Nous prions. Nous avons fait ce geste si souvent. Si souvent nous avons uni nos mains pour ensemble nous tenir devant Dieu, et lui remettre nos souffrances et nos espoirs.

Dewey et Aurore sont donc rentres. Ils ont l'air d'aller beaucoup mieux qu'en janvier. Il y a en eux une douceur qu'il n'y avait pas alors. Tu dois etre fiere de lui ! Il revient de si loin... De si loin qu'il aurait pu ne jamais revenir. Il est loin encore, mais il est en chemin et je suis impressionnee de ce que je vois. Aurore aussi va bien. Mais j'etais moins inquiete pour elle. Elle est si forte ta princesse, et tout ce que tu as fais avec elle tu l'as bien fait. J'ai un profond respect pour la maniere dont tu as accompagne ses premieres annees, et une tres grande admiration. Elle ne t'a connue que malade, elle aurait pu etre brisee. Mais tu as fait les bons choix, et je sais a quel point ce fut difficile. Aujourd'hui c'est une petite fille equilibree, qui fait face a la vie avec une maturite surprenante et un appetit rejouissant. Elle tout compris, tout accepte, tout depasse. Elle me donne une sacree lecon !

Oui, c'est une lecon sacree, je sais, merci d'avoir releve ! Je t'aime. 

12.4.06 08:07


rendez-vous d'avril

Depuis que les beaux jours sont la, je pense a ces magnolias. Je les guette. Surtout ne pas les manquer.

magnolias-horiz-8.jpg

Autrefois, lorsqu'au detours d'une rue mes yeux accrochaient leur delicate floraison, je souriais de plaisir et continuais ma route.

magnolia-vertical-5.jpg magnolia-vertical-2.jpg

Avril dernier a definitivement scelle une connivence particuliere entre ces arbres et moi.

magnolia-horiz-2.jpg

Cette annee, deux ou trois fois deja j'avais longe le jardin botanique, mais j'etais en avance pour notre rendez-vous. Et puis hier, ils etaient la.

magnolias-horiz-6.jpg

Forts et tendres a la fois. Et l'on s'arrete, ebloui par cette profusion de roses et de blancs.

magnolias-horiz-7.jpg

J'ai probablement passe deux heures en leur compagnie, absorbee par la beaute, hors du temps, hors de moi. A la fermeture du jardin, il a bien fallu partir. Alors, fugace, comme elles le sont toujours, une pensee m'a traversee Debbie sera heureuse de voir mes photos... Brutale prise de conscience elle est morte. Et je m'etonne d'en etre encore la, quatre mois plus tard. Quatre mois plus tard, il m'arrive encore parfois d'oublier qu'elle n'est plus la. Tellement habituee a partager avec elle tous mes enthousiames...

 

9.4.06 09:37


les magnolias en fleurs

De la pluie. Une pluie de lumiere ruisselle sur les jours. Et les lave de leur poussiere de chagrin. La vie scintille clair, les arbres sont en fleurs. Dans le jardin botanique, face a l'hopital, les magnolas somptueux etalent leurs petales roses et charnus.

L'annee derniere... C'etait un apres-midi d'avril. Une autre chimio. D'autres esperances. D'autres douleurs. D'autres impuissances. Un corsage blanc, broderies et dentelles. Un long jupon blanc, evase, vaporeux. Des pantalons blancs depassant sous la jupe. Une ample chemise blanche, col et manches ouvrages. Blanche etait sa peau. Ses bracelets d'argent tintaient dans le silence. L'eau verte de ses yeux etait calme. Blanche etaient la chambre, les draps, les blouses des infirmieres... Adossee aux oreillers elle attendait. Attendait que le liquide soit passe dans son corps. Nous avions prie d'abord. Il n'y avait plus rien a dire. Plus qu'a esperer. A travers la large baie, on voyait les arbres du jardin botanique. Tout un monde merveilleux qui appelait l'enfant. Juste la, de l'autre cote de la rue. J'ai pris sa main de petite fille et nous sommes sorties. Nous avons couru, ri, invente une princesse, des laquais, des chevaux, des palais. A six ans le monde est plein de feerie. Il y avait du soleil, de la douceur, des fleurs partout. Le sable des allees crissait sous nos semmelles. L'air bruissait, embaumait. La vie palpitait, legere et insouciante, un instant suspendue dans le temps. Puis il a fallu rentrer. Nous avons traverse la rue. Dans l'autre sens. Nous sommes revenues dans le grand batiment blanc ou attendait sa maman. Quand nous sommes entrees dans la chambre elle s'est animee. Oh ce sourire ! Que d'amour ! Alors nous avons deverse sur son lit notre moisson de petales. Des petales de magnolia, epais et charnus, roses et blanc. De petales de magnolia partout, sur ses mains, sur ses jambes, sur les draps, sur le sol. Un desordre joyeux et doux. Et le sourire de Debbie qui goutait l'irruption soudaine du printemps dans sa petite chambre d'hopital.

Il me semble qu'a jamais les magnolias en fleurs porteront ton nom. Debbie. magnolia-day.jpg

 

9.4.06 09:14


la mort intime

Une note lue chez Nicodeme me souleve, me souleve...  Je dois retrouver ce livre. LA MORT INTIME, Marie de Hennezel.

Je le retrouve, il m'avait boulversee a sa parution en 1995. J'ignorais alors que j'en aurais besoin 10 ans plus tard. Et j'en ai eu besoin. Je l'ai relu, en octobre et novembre, alors que tout doucement Debbie se mourrait. Je me suis appuyee sur lui pour rester humble et attentive aupres de mon amie. Je ne sais pas ce que j'ai donne, je ne sais pas si j'ai vraiment repondu a son attente. Mais ce n'est pas essentiel. Ce qui compte c'est que j'ai fait de mon mieux, c'est que j'ai donne de moi. Rien qui ne se mesure ni se quantifie. Du temps, de la presence, de l'attention, de petites pepites de rien du tout mais dont je realise aujourd'hui que, dans le minuscule espace-temps qu'etait devenue sa vie, elles prenaient sans doute pour Debbie un relief tout particulier.

Tu dois sans doute savoir maintenant combien j'aurais aime te prendre dans mes bras, si souvent, te bercer, te consoler. Tu sais aussi surement ma pudeur, et tu sais la tienne. Je me suis rattrapee le jour de ta mort. Je sais bien que tu n'etais plus dans ton corps, mais c'etait toi quand meme. J'aurais voulu que l'infirmiere me laisse seule avec toi. Mais je n'ai pas ose le lui demander. Et puis je savais que je n'y serais pas arrivee toute seule, et elle etait pressee, elle n'avait pas fini sa tournee et il etait deja 8h du soir. Mais quand meme, j'aurais aime... Elle etait efficace, c'est vrai, efficace. Mais moi je voulais etre douce, encore un peu, un peu plus. Pendant des mois j'avais masse tes pieds, tes jambes, tes mains avec tant de precautions pour eviter de te faire mal encore plus. Je ne pouvais pas, la, maintenant, etre seulement efficace. Pendant des mois je n'avais pas ose te prendre dans mes bras parce que ta souffrance morale etait si grande, et ta dignite plus grande encore. Alors a ce moment-la j'ai eu besoin de te cherir une derniere fois. De cherir ta pauvre tete alourdie, ta nuque soudain abandonnee au creux de mon bras, tes bras si fins, tes belles mains, ta peau douce et tiede. Pour un moment fugace, inscrit dans l'eternite, j'ai franchi toutes les barrieres. Celles de nos educations. Celles de nos retenues. Celles de nos peurs. Je les ai franchies d'un seul coup Debbie. J'ai aime te tenir dans mes bras. Je savais que tu n'etais plus la. Mais je l'ai fait pour toi, c'est mon cadeau. Mon cadeau d'amour. Je sais que tu comprends. Je t'ai parle... la, doucement, comme ca, voila... des petits mots, comme ceux que la mere dit a son enfant qui a fait un vilain reve. Je t'ai aimee avec mes mains, avec mes mots, avec mes yeux, avec mon coeur, avec mon ame. Merci de m'avoir offert ca Debbie. Doucement, je reviens a la vie. Je goute la douceur de l'amour. Debbie, je ne savais pas ou j'allais. Je suis profondement reconnaissante que tu m'aies permis de t'accompagner jusque la, au-dela meme. Je t'aime, oh oui comme je t'aime. Mon amie, ma soeur. Je t'ecris, et me revient comme une eau toute tiede la douceur de ce moment precieux. Je t'avais dans mes bras et je n'avais ni peur, ni degout. J'ai ferme tes yeux, j'ai ferme ta bouche. J'ai carresse ton visage. J'ai eu mal, comme un coup de pied dans le ventre, lorsque de ta bouche s'est ecoulee un peu de l'eau qui avait envahi tes poumons. C'est vrai qu'a cet instant precis j'ai recu un choc. Parce que j'ai brutalement pris la mesure de ton agonie. Mais je n'ai pas recule sous le choc. J'ai encaisse. J'ai regarde tes yeux entrouverts. Ton regard etait vide. J'ai continue a te preparer, avec toute la douceur dont je dispose. A ce moment-la, je t'ai donne tout ce que j'avais. Et j'ai recu tout ce que tu es. C'est une grace infinie, recue a jamais, pour toujours. Rien ni personne ne m'enlevera ca. Ensemble nous avons touche l'eternite.

226607315X.08.LZZZZZZZ.jpgMarie de Hennezel ecrit : "Si la mort angoisse autant, n'est-ce pas parce qu'elle nous renvoie aux vraies questions, celles que nous avons souvent enfouies avec l'idee que nous les ressortirons plus tard, quand nous serons plus vieux, plus sages, quand nous aurons le temps de nous poser les questions essentielles ? Ceux qui approchent la mort decouvrent parfois que l'experience de l'au-dela leur est proposee dans l'experience meme de la vie, ici et maintenant. La vie ne nous promene-elle pas d'un au-dela a l'autre, au-dela de nous memes, au-dela de nos certitudes, au-dela de nos jugements, au-dela de nos egoismes, au-dela des apparences ? Ne nous invite-t-elle pas a de constantes avancees et remises en question, a de constants depassements ? (...) J'ai vecu [au contact de la mort] les moments les plus forts de ma vie. J'ai connu la douleur de me separer de ceux que j'aimais, l'impuissance devant les progres de la maladie, des moments de revolte devant la lente degradation de ceux que j'acompagnais, des moments d'epuisement, avec la tentetion de tout arreter : je ne peux nier la souffrance et parfois l'horreur qui entourent la mort. J'ai ete temoin d'immenses solitudes, j'ai senti la douleur de ne pouvoir partager certaines detresses, parce qu'il y a des niveaux de desespoir si profonds qu'ils ne peuvent etre partages. Conjointement a cette souffrance, j'ai pourtant le sentiment de m'etre enrichie. D'avoir connu des moments d'une densite humaine incomparable, d'une profondeur que je n'echangerais pour rien au monde, des moments de joie et de douceur, aussi incroyable que cela puisse paraitre."  

25.3.06 00:56


inconsolee

La fievre a enfin cede. 39 depuis 24 heures. Beaucoup dormi toute la journee. 02h15 du matin, pas sommeil, forcement. Des semaines angoissees, des soirees de larmes, inconsolable, inconsolee. Des nuits de cauchemards qui me laissent nouee le matin. Depuis 2 jours plus de symptomes physiques de l'angoisse, je me sens mieux, meme si les nuits restent agitees. Ma Debbie ou es tu maintenant ? Ou es-tu ma belle, ma douce, mon amie, mon ange ? Tu me manques. Tu me manques tellement.

Deb.jpg

Je realise a quel point tu m'inspirais. Ta force et ton courage etaient ma colonne vertebrale. Tu es partie, je me suis ecroulee. Debbie, je ne sais pas comment tu as fait ca. Je t'ai deja dit mon admiration. Elle n'a pas change. Je ne sais pas comment tu as fait pour ne jamais desesperer, pour ne jamais te revolter. Les derniers mots que tu m'as dit Debbie, ton dernier regard pour moi... Tu mourrais, et c'est toi qui me rassurais. Tu m'a dit : "Ne t'inquietes pas pour moi". Je sais que j'ai beaucoup de chance de t'avoir rencontree, d'avoir partage ce voyage avec toi. Je le sais, meme si aujourd'hui j'ai encore trop de chagrin pour pouvoir m'en rejouir.

Aujourd'hui j'eprouve un grand sentiment de vide. Et d'injustice. Je sais que tu n'aimes pas quand je dis des choses comme ca, mais je sais aussi que tu comprends et que tu accueilles. Je te voudrais encore parmi nous, meme souffrante. Parce qu'egoistement tu me manques. Mais aussi parce que je sais que tu ne voulais pas partir, quelleque soit ta souffrance. Pour Aurore tu voulais vivre. Parcequ'elle n'a que 6 ans. Tu etais prete a vivre a n'importe quel prix.

Tu sais que je veux croire que tout ne s'acheve pas avec la mort. Tu sais que je veux croire a la vie eternelle, a la joie infinie dans la presence de Christ. Tu sais aussi a quel point ma foi est fragile. Aides-moi. Aides-moi si tu le peux...

24.3.06 02:34


promesses...

Depuis quelques jours il me vient des envies de robe a fleurs et de sandales. Le soleil me ranime. Je sens pousser le printemps. Pourtant il fait froid encore. Entre mes larmes eclosent de petits instants de joie pure. Lundi et mardi nous sommes alles en Bourgogne pour un seminaire de motivation. Grands mots qui font serieux et tentent de faire oublier que mon jeune patron est justement si jeune. Deux jours de franche rigolade, d'insouciance, de camaraderie. Soudain j'avais 15 ans a nouveau et tout m'etait encore promis. C'etait bon ! Merci.

Au retour nous avons choisi de rentrer par le chemin des ecoliers. Faire durer encore un peu la joie... Nous avons fait halte en fin d'apres-midi au bord du Canal Lateral a la Loire, quelque part dans le Morvan. A notre joie s'est ajoutee la beaute, un cadeau inattendu qui nous a tous eblouis.

reflets.jpg

 

16.3.06 23:08


l'amour selon Roger

J'ai recu un mail un mail il y  quelques temps. Il contenait une lettre. Une lettre que je n'ai pas pu lire. Mon chagrin est si douloureux que j'en eprouvais de la colere. Ce soir je l'ai lue. C'est donc que la colere doucement s'en va. Certains passages me touchent beaucoup... 

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(...) Dans son evangile, en une fulgurante intuition, Jean exprime qui est Dieu en 3 mots : "Dieu est Amour". Si nous saisissons seulement ces 3 mots, nous irons loin, tres loin.

(...) Que Dieu nous aime est parfois une realite peu accessible. Mais quand nous decouvrons que son amour est avant tout pardon, notre coeur est apaise et meme change.

(...) Il nous invite a aimer comme il nous aime. Et il n'y a pas de plus grand amour que d'aller jusqu'au bout du don de soi-meme, pour Dieu et pour les autres. Qui vit de Dieu choisit d'aimer.

(...) Mais qu'est-ce qu'aimer ? Serait-ce partager les souffrances des plus malmenes ? Oui, c'est cela. Serait-ce avoir une infinie bonte du coeur et s'oublier soi-meme pour les autres, avec desinteressement ? Oui, certainement.

Et encore, qu'est-ce qu'aimer ? Aimer c'est pardonner. Vivre en reconcilies. Et se reconcilier c'est toujours un printemps de l'ame. (...)

Cette lettre a ete ecrite par Frere Roger, le matin de sa mort. Elle est restee inachevee.

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Frere Roger a ete assassine le 16 aout 2005, pendant la priere, dans l'eglise de la Reconciliation a Taize. 5000 jeunes s'y trouvaient. Les chants continuerent.

La veille j'errais a travers la campagne, le coeur vrille car je venais de comprendre que les medecins ne pouvaient plus rien pour Debbie. Mon errance m'a conduite a Taize, par hasard...

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12.3.06 23:50


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"A la tarde de la vida te examinarán en el amor".

Saint Jean de la Croix, grand mystique espagnol du XVIème siècle.

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Au soir de ta vie, c'est sur l'amour que tu seras juge.

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12.3.06 23:22


l'amour selon Saul

J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charite, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui resonne, une cymbale retentissante.

J'aurais beau etre prophete, avoir toute la science des mysteres et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu'a transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien.

J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affames, j'aurais beau me faire bruler vif, s'il me manque l'amour cela ne me sert a rien.

L'amour prend patience ; l'amour rend service ; l'amour ne jalouse pas ;Il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil ; il ne fait rien de malhonnete ; il ne cherche pas son interet ; il ne s'emporte pas ; il n'entretient pas de rancune ; il ne se rejouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espere tout, il endure tout.

L'amour ne passera jamais.

(1ere Lettre de St Paul aux Corinthiens - Chapitre 13 - Versets 1 a 8)

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Cela me sidere de penser que celui qui a ecrit ce texte sublime n'est autre que Saul...

Saul, ne au debut du 1er siecle, a Tarse de Cilicie (sud-est de la Turquie actuelle). Saul est son prenom Hebreu, et se dit Paul en Grec.

Voici ce qu'on dit de lui, racontant la lapidation d'Etienne : "Quant a Saul, lui aussi approuvait ce meurtre" (Actes de Apotres - Chapitre 8 - Verset 1) ; "Quant a Saul, il cherchait a detruire l'Eglise, il penetrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes et les mettait en prison" (idem - Verset 3) ; "Saul etait toujours anime d'une rage meurtriere contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le Grand Pretre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de faire prisonniers et de ramener a Jerusalem tous les adeptes de la Voie de Jesus, hommes et femmes, qu'il decouvrirait." (idem - Chapitre 9 - Versets 1 et 2).

Et voici ce que Saul dit de lui-meme : "Car vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme : avec quelle frénésie je persécutais l'Église de Dieu et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race, par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères." (Lettre aux Galates - Chapitre 1 - Versets 13 et 14).

Il faut savoir que Saul a recu une solide formation rabbinique aupres du Grand Maitre Gamaliel. Aujourd'hui on dirait de lui qu'il a ete formate.

Il faut savoir aussi que bien Saul et Jesus aient a peu pres le meme age, il ne se connaissent pas (peut-etre ont ils entendu parler l'un de l'autre, mais ils ne frequentent surement pas les memes cercles !).

Il faut savoir que la lapidation d'Etienne a laquelle Saul assiste, se situe assez peu de temps apres la mort de Jesus, et que l'Eglise naissante est alors persecutee.

Moi je me pose la question : qu'est-ce qui est arrive a cet homme qui n'a meme pas rencontre Jesus, pour qu'il retourne ainsi sa veste et devienne l'un des plus ardents defenseurs de cette Eglise qu'il avait persecutee avec tant de zele ?  Pour qu'il abandonne son prenom Hebreu et devienne Paul ?

Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ?

12.3.06 20:41


laisser faire

Elle est partie… Et moi je suis encore ici, dans mon corps de chair comme en une prison... Ses yeux, son rire, sa voix, ses gestes gracieux me manquent... J'essaie de voir au-dela de mes limites corporelles et temporelles, de ne pas perdre de vue que nous ne sommes que de passage ici, que nous ne sommes pas condamnes a ne plus jamais nous revoir. J’essaie. 

Dans le ciel, comme on dit aux enfants, sont ceux que j’aime et qui sont partis. Philippe le petit frere, il y aurait tant de mots a mettre sur ton histoire, tant de souvenirs a rappeler, tant de peur a depasser pour te raconter… Emeline, douceur et bonte, ma douce grand-mere, mon rempart contre l’horreur… Debbie, mon amie, mon etoile, mon cadeau, mon ange.

Dans le ciel, sont aussi les autres, tous les autres, qui parfois emergent soudain des lieux les plus recules de ma memoire ; le grand-pere Rene que la petite fille que j’etais aimait, et pourtant… pourtant… tu n’as pas respecte l’enfant ; l’autre grand-pere Leonus, il faudra bien que la femme que je suis devenue te pardonne la barbarie qu’elle decouvre ; l’autre grand-mere Mariotte aux yeux parmes, bossue, les mains pleines de friandises comme pour te faire pardonner de ne pouvoir faire plus. Ou etes-vous ?

Et vous…? Anne-Sylvie, l’homme fou t’a vole tes 8 ans de la pointe de son couteau tranchant ; Brigitte, tu as fui parce que toute la vie pesait si lourd sur ton cœur de femme ; Pascale envahie par le cancer et Francis envahi par le desespoir ; … Ou-etes vous ?... Ou etes vous ?!?

Parfois la nuit je vous reve et au matin je me trouble. J’ai lu beaucoup d’ouvrages abordant le theme de la mort, etudes, enquetes, romans, autobiographies… Il n’y pas de reponse a cette question. Tout au plus des hypotheses. Croire au ciel releve de la Foi. Et Lorsque la realite de la mort vous pousse dans vos derniers retranchements, comment garder la Foi ? 

La mort est inacceptable parce qu’elle me prive de ceux que j'aime. Elle l’est aussi – surtout ? – parce qu’elle me renvoie a ma propre condition de mortelle. Moi aussi je mourrai. Pour moi aussi tout va s’arreter. Cette idee me donne le vertige… Et apres ? APRES ?!? Comment croire a la felicite eternelle promise lors meme que je ne sais pas ce que c’est ? Comment croire lors meme que j’ai surtout connu souffrance et haute lutte ? Oui, Comment croire…

C’est pour ca que c’est si difficile. Parcequ’il faut faire fi de la peur, de la solitude, du chagrin, pour continuer de vivre. Faire fi de tout cela, se relever a chaque fois et accueillir la vie, rester ouvert, rester prêt a vivre l’inimaginable : la joie et la paix. J’ai eu le privilege de vivre une experience spirituelle qui a profondement chamboule mon etre. J’ai eu ce privilege. J’ai goute la Joie. Celle qui vient de l’interieur, du plus profond de l’etre. Joie si particuliere, et si differente de toutes celles que j’avais eprouvees. Joie intense qui sourd du dedans et lave les plaies et se repand au dehors. Joie qui dure, au cœur meme de l’epreuve, et en cela est precieuse. Pourtant aujourd’hui, face a cette experience sensible et bouleversante et dont j’ai garde la memoire, que reste-il ? Le vide. Je ne sais pas comment faire pour cesser d’avoir mal, pour cesser d’avoir peur, pour avoir confiance a nouveau… Je ne sais pas.

Ou plutot si, je sais : ce n’est pas moi qui vais faire. Je vais laisser faire.

11.3.06 13:01


je suis sauve

Chaque jour est un defi. Se reveiller, sortir de l'oubli du sommeil, affronter la vie. Se lever, ouvrir les volets, les paupieres se plissent contre l'eclat blanc du jour. Marcher,  deplacer un pied puis l'autre, le reste du corps peine a suivre. Se laver, surtout que personne ne sente le chagrin. Manger, encore, combler le vide, perverse illusion. Sortir, parler, travailler, le robot social est en action par la force de l'habitude. Et le soir rentrer dans la coquille de la maison, retrouver la douce solitude, celle qui protege, ne plus jouer a etre enjoue. Pleurer, les larmes versees pesent moins que celles retenues. Et s'endormir, enfin, pleurer c'est fatigant.

Le week-end le rythme change. Decliner les invitations pour s'epargner les faux semblants. Rester dans la maison, vaquer a de minuscules occupations, prendre le temps et le laisser oeuvrer dedans. Et lorsque cela devient insupportable, sortir, vite. Rouler, quitter la ville, chercher la paix au bord des eaux etales. L'herbe est trempee, tant pis. S'asseoir. Ecouter. Frissonner. Se savoir vivant. En depit de tout. Le ciel est clair, les saules balancent leur franges blondes dans le vent frais, la terre respire. Je respire avec elle. Je ferme les yeux. L'eau murmure sa lente melopee sans fin. Je me laisse bercer, je me laisse consoler.

frange-blonde.jpg

Le temps coule comme l'eau. La vie s'ecoule. J'ouvre les yeux et je m'emerveille La riviere a revetu un fourreau de soie bronze rebrode d'or. Je m'emerveille...

or-et-soie-bronze.jpg

Vous entendez ? Je m'emerveille. Je suis sauve !  La mort n'a pas gagne, pas cette fois, pas encore. C'est la vie qui triomphe. Oui, relever le defi.

 

11.3.06 00:52


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